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Présentation géographique actuelle
A quelques kilomètres
de la ville de Byblos (Jbeil) se trouvent Haqil,
Hjula,
et Ennammoura
trois villages à renommée internationale, grâce à leurs carrières
qui renferment de merveilleux fossiles : poissons, crustacés, étoiles
de mer, etc. L'état de conservation extraordinaire de ces fossiles
est ici quasi unique et rivalise largement avec les gisements du
Monte Bolca en Italie, de Solnhofen en Allemagne ou de Green River
aux Etats-Unis
Historique de la
découverte et de l'étude de ces gisements
Le plus ancien témoignage
écrit à ce sujet, remonte au 4ème siècle de notre ère. Eusèbe de
Césarée, Evêque de Palestine, évoque ces pierres mystérieuses retrouvées
sur les pointes les plus élevées du Liban et les considère comme
témoins du déluge de Noé. La plus célèbre mention de ces gisements
remonte très probablement aux écrits du Sire de Joinville
qui raconte comment un poisson fossile fut présenté au Roi Saint
Louis au cours d'une de ses croisades au Moyen Orient. Ensuite,
de nombreuses missions d'études (française, italienne, allemande
et américaine) se sont succédées pour faire des fouilles et publier
des ouvrages scientifiques.
Genèse des gisements
Le premier territoire de ces fossiles était la mer Tethys (l'ancienne Méditerranée) qui couvrait une grande partie des pays méditerranéens et le territoire libanais, et ce, depuis 220 millions d'années. Les animaux fossiles que nous retrouvons actuellement dans ces gisements vivaient, eux, en bordure de côte à de faibles profondeurs (entre 0 et 200 m) il y a seulement environ 100 millions d'années, précisément au Cénomanien. La présence de ces très nombreux animaux, conservés dans leur totalité (sans déplacement most-mortem) dans un même niveau, indique une mort subite et simultanée et peut s'expliquer ainsi : à la suite de pluies torrentielles, des animaux et des plantes microscopiques (le plancton) se sont développés à la surface de l'eau changeant parfois la couleur de la mer qui devient ainsi rougeâtre ou verdâtre. Un tel phénomène est connu actuellement sur certaines côtes et est appelé "fleur d'eau" ou "waterbloom". Non seulement ce plancton utilise tout l'oxygène présent dans l'eau de mer mais il fabrique aussi des substances qui sont du poison pour les animaux et provoquent leur mort brutale. Poissons et crustacés vont ainsi mourir brusquement et tomber au fond de l'eau en très grand nombre. Les conditions de fossilisation à l'époque étaient très bonnes : fond de l'eau anoxique c'est-à-dire sans oxygène (c'est pourquoi on ne trouve pas de mollusques fossiles) et dépôt très rapide de sédiments sur les corps qui n'ont pas le temps de se décomposer et vont donc se conserver dans leur totalité.
Mais comment ces gisements marins apparaissent-ils en haut des montagnes? Faisant suite au déplacement des plaques continentales conjointement à un abaissement du niveau de la mer, les terres qui forment le Liban actuel sont apparues et les montagnes, notamment le Mont Liban, se sont formées. L'érosion a ensuite fait apparaître les niveaux à poissons là où ils se trouvent, donc parfois en haut des montagnes. Les poissons qu'on trouve sont d'une beauté surprenante et ont des couleurs attirantes (rouge, bleu, vert, brun…) dues à la présence de sels minéraux dans les sédiments.
Fouilles et
études des gisements
Actuellement, quelques familles libanaises veillent sur ce trésor. Elles font de leur mieux pour préserver les sites en n'utilisant comme matériel de fouilles que des outils exclusivement manuels: marteau, burin, pioche et pelle, tout en évitant tout ce qui peut nuire à la pierre et à ses "habitants".
L'expérience joue un rôle primordial dans les fouilles. On peut déceler la présence des poissons fossiles d'après des signes infimes : les nuances de teintes, les fissures, les gonflements, ... Il ne faut pas négliger le rôle de la chance dans cette "pêche"; parfois on creuse pendant des jours sans découvrir aucune pièce fossilisée et parfois d'un seul coup de burin, on peut faire revivre toute une époque de l'histoire de la Terre.
Notre famille reçoit en permanence la visite des scientifiques et collabore avec plusieurs musées et universités nationaux et internationaux, entre autres : - Le Musée national de Beyrouth et la Direction des Antiquités libanaise qui ont fondé avec l'Unesco, un Musée de fossiles à Jbeil. - L'Université Libanaise et
l'Université Américaine de Beyrouth au Liban - The National
History Museum de Londres, en Grande Bretagne - L'Université de Lyon
1, en France
Intérêt des gisements de poissons fossiles au
Liban
Dans nos sites fossilifères, se rencontrent des centaines d'espèces de poissons: raies, requins, sardines, poissons volants, et même le fameux coelacanthe, "fossile vivant" que l'on considère comme étant le plus ancien poisson connu qui continue à vivre jusqu'à nos jours (au large des Comores). A côté de ces poissons vivaient aussi calmars, crevettes et étoiles de mer que l'on retrouve aujourd'hui fossilisés, et dont l'état de conservation est unique dans le monde.
Les poissons et les crustacés sont extraordinairement bien préservés en raison de leur mode de fossilisation. Il faut savoir aussi que la roche calcaire dans laquelle on les trouve peut se retirer par une méthode dite de transfert (inclusion dans de la résine polyester et attaque de la gangue à l'acide). Cette méthode de préparation permet une étude très précise et complète des spécimens.
Peu de gisements dans le monde offrent une diversité similaire à celle des gisements libanais qui représentent un cliché extraordinaire de la Méditerranée de l'époque (100 millions d'années). Parmi les poissons, certains existent encore actuellement, d'autres, nombreux ont disparu depuis longtemps.
Certains poissons, comme les anguilles par exemple, apparaissent pour la première fois dans les gisements libanais. Il est intéressant de connaître la forme qu’ils avaient à l'époque et leur mode de vie pour comprendre leur évolution.
Ces fossiles, avec beaucoup d'autres, sont les témoins tangibles de l'histoire de la vie et de son évolution. Cette vie qui nous a donné deux millions d'espèces d'organismes vivants en 3 milliards d'années ajoutées à quelques 8 millions d'autres espèces non identifiées et/ou étudiées jusqu'aujourd'hui, apporte les preuves incontestables de la vie sur Terre et de la manière dont elle a évolué.
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